Excès de grossesse

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Deux gendarmes, jumelles à la main, scrutent sans relâches une rue tranquille d’une petite ville française. Ils sont à l’affût des incivilités de leurs concitoyens. Un piéton emprunte paisiblement cette rue. Ses idées vagabondes l’ont distrait de la présence pourtant bien visible des représentants de l’ordre.  À peine les a-t-il dépassés qu’un des gendarmes l’apostrophe.

GENDARME : Monsieur ! Veuillez s’il vous plaît me présenter vos papiers d’identité !

L’homme est surpris, mais après tout ce n’est rien d’autre qu’un contrôle d’identité. Il remet sa carte d’identité au gendarme qui la regarde à peine avant de la remettre à son collègue.

GENDARME : Présentez-moi également votre carnet de santé.

PIÉTON : Mon carnet de santé ? C’est une blague !?

Devant les mines patibulaires des deux gendarmes, le piéton finit par s’exécuter. Heureusement il a toujours sur lui son carnet de santé depuis l’instauration de la nouvelle loi bioéthique qui stipule que le port du carnet de santé est désormais obligatoire en cas de trajet de plus de 500 mètres depuis son domicile. L’idée c’est qu’en cas de malaise ou d’accident les premiers secours auront immédiatement accès aux informations médicales de base de la victime. Notre piéton sait pertinemment que cette loi est d’une absurdité sans nom, mais il reste un citoyen respectueux. Il se soumet docilement à chacune d’entre elles. En réalité c’est surtout pour éviter de devoir se faire implanter une puce RFID contenant son carnet de santé numérique. En effet la loi offre ce palliatif de ne pas se faire pucer à condition d’avoir son carnet de santé physiquement sur soi en permanence. Au moindre écart, au moindre oublie c’est le puçage d’office et sur le champ.

Le gendarme consulte le carnet de santé du piéton puis demande à son collègue de lui ramener Jacqueline. Aussitôt dit aussitôt fait. Jacqueline fait face au piéton qui reste incrédule.

GENDARME : Allez-y, monté sur Jacqueline !

Le piéton monte immédiatement sur la malheureuse Jacqueline, un pèse-personne électronique. Le compteur digital indique 104kg.

GENDARME : La limitation de poids autorisé en ville est de 90 kilos et là vous avez été flashé à la jumelle à 109Kg, ramenés à 104kg par Jacqueline, pour une taille de 1m68 d’après votre pièce d’identité ! Est-ce que vous reconnaissez les faits ?

PIÉTON : Heu…

GENDARME : Mon collègue, dans notre voiture-laboratoire d’analyse, va calculer votre indice de masse corporelle et vous faire une prise de sang. Sachez que si on trouve un taux de sucre élevé vous risquez une nouvelle sanction en plus de l’amende pour excès de grossesse d’ores et déjà acquises qui elle s’élève à 816€ !

PIÉTON : 816€, c’est du vol, d’où vous sortez ce montant ?

GENDARME : Ça correspond à votre poids multipliez par trois : 312€. On ajoute votre taille 168cm multipliez par trois : 504€. 504 + 312 ce qui nous fait 816€ ! CGT !

PIÉTON : CQFD vous voulez dire ?

GENDARME : Non, non, CGT, c’est comme ça qu’on dit quand on prouve quelque chose !

PIÉTON : Pourquoi vous multipliez tout par trois ?

GENDARME : Parce que c’est le nombre de témoins. Soyez content qu’il n’y ait que nous trois.

PIÉTON : Vous trois ? Moi je ne vois que deux gendarmes !

GENDARME : Vous oubliez Jacqueline ! Elle aussi est assermentée !

PIÉTON : Une balance ?

GENDARME : Vous savez les balances nous ont travail depuis toujours avec. On leur accorde une grande confiance ! Sans elles nous n’arriverions à pas grande chose !

PIÉTON : C’est une machine, de quoi est-ce que vous parlez !!!!

GENDARME : Machine, personne, robot, nous ne faisons pas de différence, on accepte tout le monde si c’est pour servir la bonne cause ! Donc en plus du risque d’une nouvelle amende ce qui est sûr c’est que vous allez devoir faire un régime alimentaire strict.

PIÉTON : Je vais rien faire du tout. Depuis quand on verbalise les gens pour excès de grossesse ?

GENDARME : Il faut une raison pour vous prendre votre oseille maintenant ? L’état a toujours fait ce qu’il voulait. Il décide de voler quand bon lui semble et pour justifier légalement son vol il l’habille d’une loi de circonstance, comme toujours. Je sais pas si vous avez remarqué, mais les personnes obèses y’en a de plus en plus, c’est un super filon ! Pas folle la gay !

PIÉTON : Pas folle la guêpe vous voulez dire !?

GENDARME : Non, non, c’est la gay, c’est comme ça qu’on dit maintenant. Sinon c’est considéré comme discriminatoire doublé d’injures homophobe envers le genre des guêpes ! C’est la nouvelle loi Nicolas Hulot-Vallaud-Belkacem !

PIÉTON : N’importe quoi !

GENDARME : Peut-être, mais c’est la loi. Et la loi elle dit que vous êtes verbalisé pour obésité !

PIÉTON : Et c’est la faute à qui si je suis en surpoids ? Impossible de manger sainement ou alors faut avoir un salaire de ministre ! Y’a du sucre, du sel, des matières grasses partout ! C’est voulu et planifié par l’industrie alimentaire depuis des décennies avec l’aval du gouvernement qui ferme gentiment les yeux. Ils ont fabriqué des millions d’obèses et aujourd’hui ils viennent nous punir pour ce qu’ils ont eu même créé !!! C’est une blague ?

GENDARME : Bon alors on va la faire courte : j’en ai rien à battre de ce que vous pensez ! La loi c’est la loi ! Point ! Bon mon collègue me dit que votre bilan sanguin est saturé en sucre ! Donc ça veut dire une nouvelle amende : 1 500 € ! En plus des 816€ !

PIÉTON : Comment vous avez pu analyser mon sang alors que j’ai pas encore fais de prise de sang  ?

GENDARME : Oh vous savez c’est pas nécessaire de nos jours ! Bon vous payez comment ?

PIÉTON : Ah parce que je dois payer maintenant ?

GENDARME : L’amende a effet exécutoire immédiat ! Chèque, virement bancaire, espèce ? Ah non, c’est vrai que les espèces c’est terminées depuis le mois dernier, on est passé au tout virtuel…

PIÉTON : vous pouvez raconter ce que vous voulez j’ai pas une thune sur mon compte ! Je n’ai plus rien à me faire saisir, j’habite chez mes parents, j’ai pas de bagnole, pas de boulot, tout ce que je possède je le porte sur moi !

GENDARME : C’est pas un problème ! Vous pouvez toujours vendre un de vos organes. Un rein par exemple, ça correspond justement au montant de votre amende…

PIÉTON : Le hasard fait bien les choses on dirait… Mais vous savez quoi ?  J’ai pas l’intention de me vendre en pièces détachées !

GENDARME : Vous faites comme vous voulez ! De toute façon vous n’en avez plus pour très longtemps. D’après votre bilan il vous reste six mois, un an maximum à vivre. Une fois que vous serez refroidi, on vous vendra quand même en pièces détachées !

PIÉTON : Impossible, je me suis inscrit sur le registre national des refus !

GENDARME : Pfffff !!! Parce que vous vous croyez aux promesses d’un menteur ? On vous vendra quand même !  Tout ce qui sera vendable de votre carcasse sera vendu ! Si vous n’êtes pas encore allé visiter Israël de votre vivant il y a de fortes chances que vous le fassiez de votre mort ! Imaginez donc, vos cornées pourront  voir les plages de Tel-Aviv tandis qu’au même moment votre cœur battra dans la poitrine d’un étudiant dans une Yéshiva à Jérusalem alors que vos reins filtreront le sang d’un colon en Cisjordanie ! On n’arrête pas le progrès !

PIÉTON : Donc si j’ai bien compris vous me verbalisez parce que je suis en surpoids et ça c’est pas bon pour ma santé. Mais si je ne peux pas payer l’amende, je dois vendre un de mes organes pour honorer l’amende héritée par mon mauvais état de santé. Ce qui veut dire que si je n’ai pas d’oseille je peux crever !?

GENDARME : Voilà ! Vous n’êtes pas complètement stupide finalement ! Votre santé n’a aucune valeur en réalité, c’est seulement lorsqu’elle est commercialisable qu’elle devient intéressante. Vous pouvez crever la bouche ouverte que ça n’intéresse personne. Mais s’il y a moyen de gratter un petit billet sur le dos de la bête alors pourquoi se priver. C’est comme le principe de la viande séparé mécaniquement. Une fois l’animal dépouillé de toute sa chair on broie sa carcasse dans une grande machine pour récupérer le maximum de chair restante sur les os et les cartilages. Vous, vous êtes la carcasse, quand vous travaillez toute votre vie durant, et une fois mort vous serez séparé « mécaniquement » de vos organes.

PIÉTON : Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer !

GENDARME : Je ne sais pas. Par contre ce qui est sûr c’est que vous devez payer ! Et maintenant !

 

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